C. Jérôme et Mademoiselle Pomme

J’ai abrégé rapidement mon coup de fil avec Lolita. Du moins « mon compte rendu ». Pas de Lolita ce soir. Il y avait des invités chez moi. Enfin, chez mes parents j’entends. Oui, j’ai vingt-cinq ans, je vis toujours chez mes parents. Il s’agit d’ailleurs des derniers jours. Voilà pourquoi j’en profite.

Lolita, le feu de mes reins (j’exagère), j’aurai bientôt davantage de temps pour la voir, un lieu ou la recevoir, elle, mes amis, les autres…


Alors ce soir, chez Wandess, c’est soirée famille. Et pas n’importe quelle soirée famille. Ma sœur nous présente son nouveau copain. Jérôme.

— Sans blague, s’est esclaffée Lolita, son mec c’est Jérôme 
— Oui voilà.
— C’est Jérôme le chanteur ?
— Non, il est mort celui là…
— Va sur Kazaa, télécharge ses chansons… Ca devrait lui faire plaisir que tu aimes ce qu’il a fait…

Lolita ne respecte donc rien ? Même pas ma famille ? Même pas les morts ?

Le Jérôme en question est arrivé donc. Ma sœur m’a dit : « C’est Jérôme ». « Ah oui, comme le chanteur » j’ai fait. Rire dans la maisonnée. Rire du chanteur. Il a vu que je connaissais, j’ai fait le gars très content de l’accueillir (et tout).

Il a plutôt l’air d’un type qui a parcouru le monde, genre globe-trotter. En fait il devrait s’appeler Antoine. Ou Astérix, à cause de la grosse moustache, et de ses longs cheveux de Gaulois. Moi, gentleman comme je suis, je ne lui ai pas dit. J’ai fait comme si c’était normal. Comme si tout le monde s’habillait comme ça. Comme s’il portait un costard cravate des plus ordinaire.

Le Jérôme, un type au premier abord sympa. Quelques minutes à la regarder, et j’envie déjà son look. J’ai envie de partir sur la mer avec lui, à bord d’un van aménagé. Et une chèvre pour faire des fromages en mer. Parce que j’aime faire des fromages en mer. Même si je n’en ai jamais fait. Mais je sais que je n’aimerais pas mourir sans l’avoir fait. Juste une fois.

Mais ce n’est pas tout ça, et je m’égare de mon propos.

Avec le routard, et ma sœur, il y avait un chat. Un vrai, avec des poils, une moustache, des petites griffes et la compagnie.

Ma sœur vient de récupérer un chat. Lui, c’est pas Jérôme, lui c’est Pomme. Comme Golden, ou comme Pomme d’apis. Mais non, son prénom c’est Pomme, et son nom de famille De Terre.

Ah ah, un chat aristocrate !!! Et oui ! Un chat qui sait se faire discret. Bien se tenir en société. Deux mois seulement, un joli petit museau, Pomme est une demoiselle aux yeux charmeurs. Mais une fille du grand air. Depuis toute petite, cette native de la Vendée respire à plein poumons, sent l’odeur de l’herbe, joue avec les branchages.

Elle rôde depuis ce soir dans notre jardin, et on chasse chaque gros matou des environs qui approche d’un mauvais œil pour reluquer la nouvelle venue.

Mademoiselle Pomme De Terre, la maisonnée est composée de vos aimables serviteurs. Mon père, qui d’ordinaire n’aime ni chiens, ni chats, a même offert de sa délicieuse soupe de saumons à la gracile donzelle.

De bonne famille, cette dernière s’en est délectée doucement, contemplant d’un air ravi la tablée.
— Elle aime déjà son grand-père, a observé ma sœur.

Mademoiselle Pomme a mis tout le monde dans sa poche, tandis que l’aimable chanteur n’a que très parlé, semblait-il heureux de n’être pas plus questionné sur sa vie de star. Une bonne soirée, un dîner en famille Ricoré.

première publication sur Joueb, 7 juin 2003

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