Me mordre mes dix doigts

Si j’avais eu le choix, bien sûr, je ne l’aurais pas regardée partir. Voilà ce que je pouvais me dire. Mais à bien y regarder, j’avais le choix. En effet, rien ne m’obligeait à ne rien faire. J’aurai pu aller lui parler, la retenir.

Il faisait chaud. N’est-ce pas un temps parfait pour proposer à une charmante demoiselle d’aller partager un verre à la terrasse ensoleillée d’un café?

Oui, mais voilà, je semble avoir un don pour râter toutes ces occasions que m’offre la vie. Une faculté à partir, non pas perdant, mais dans la mauvaise direction. Elle est partie dans un sens de la rue, moi de l’autre.

Bien sûr je pourrai me raconter qu’elle aurait refusé ma proposition. Il y avait ce risque évidemment, d’ailleurs, je n’ai su voir que cela. Rien d’autre. Je n’ai rien vu d’autre sur le moment. Surtout pas les signes qu’elle m’avait envoyé toute la journée et qui semblaient dire :  » Eh on se connait maintenant, on échange nos 06? « .

Alors voilà, je l’ai laissée partir, une fille capable de se fiche de la peinture partout, qui peint avec deux mains gauches, qui rigole à mes blagues, qui aime beaucoup parler, qui sait écouter, qui m’a permis de rompre ce silence où je me suis enfermé depuis si longtemps.

Une jolie fille, un caractère bien trempé, de belles manières, très brut de décoffrage, qui au signaux que je lui envoyais répondait si franchement. Car de toute évidence, ce verre, elle aurait accepté de le prendre.

Sans doute peut-être même a-t-elle regretté ensuite de ne pas avoir proposé elle même… On est en droit de rêver non?

Voilà, on s’est cherché toute une journée, nous nous sommes vus, nous nous sommes reconnus… puis déjà perdus.

Ai-je rêvé, me suis-je bercé d’illusions… Cela m’arrangerait presque, c’est bien sûr possible… Mais je ne crois pas. Je resterais donc célibataire, ratant encore une belle occasion, je peux l’écrire c’est tout, garder en mémoire son joli débardeur jaune poussin… ses jolis yeux, le timbre de sa voix, sa démarche sur le parquet ciré… son rire… sa poitrine toute mignonne sous le même débardeur, les bretelles du soutien gorge qui dépasse… ses paupières closes lorsqu’elle fume sa cigarette le visage tourné vers le soleil… T’ai-je plu, et t’ai-je ratée jolie brune?

La croix, lard et la bannière… En espérant te revoir… En espérant un autre cours, et trouver cette fois-ci l’art et la manière de partir dans la même direction que toi. Vers une même destination.

Et enfin retenir ton prénom…

première publication 3 juin 2003

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *