
Paul-Henri est dans la ville. La ville, lieu de ses premières aventures. D’ailleurs c’est le titre : « Les aventures de Paul-Henri dans la ville ». On peut difficilement faire plus clair. La ville est noire, c’est à cause de la nuit. Mais il y a les lumières de la ville. Paul-Henri se dit « C’est beau une ville la nuit ».
Cela aurait pu faire le titre de cette première aventure de Paul-Henri, mais le titre est déjà pris. Et heureusement Paul-Henri a prévu une boîte de chocolats.
Alors Paul-Henri soupire. Et il attend. Il attend devant la gare, sur la place déserte, la place morne comme une triste plaine. Il attend Pénélope, la belle Pénélope et ses cheveux châtains, ses jolies mains, son petit rire de souris, ses petites narines et ses beaux habits.
Mais il attend Pénélope depuis déjà trois quarts d’heure. Paul-Henri fume clope sur clope. Du coup il tousse, et quand il tousse ça l’énerve encore plus d’attendre. Du coup, il fume encore et encore. La cigarette est le cercle vicieux de Paul-Henri.
Enfin Pénélope se pointe. Elle est en retard. Elle est avec sa fille, elle n’a pas réussi à la faire garder, elle avait prévenu Paul Henri, d’ailleurs Paul-Henri qui est un garçon plutôt gentil, s’était dit qu’il allait offrir une boîte de chocolats à la petite.
Paul-Henri a la main sur le cœur parfois, seulement chez lui ça ne dure pas assez longtemps, car il est limite hédoniste, et du coup dans l’attente, il a bouffé tous les chocolats.
Pas grave, il avait un bouquet de fleur pour Pénélope, et comme Paul-Henri ne mange des fleurs qu’après une heure et demi d’attente, Paul-Henri a toujours les fleurs. Il les offre à la petite, tant pis pour Pénélope, il lui en offrira plus tard. L’heure c’est l’heure.
— Alors, dit Pénélope à sa fille, Morgane tu ne dis pas merci à l’ami de Maman ?
Morgane a de grands yeux, c’est certainement la première fois de sa vie de femme sur
Terre que la petite reçoit des fleurs. Paul-Henri s’écœure, c’est un triste jour, un triste endroit, une triste circonstance pour recevoir son premier bouquet de fleur. Paul-Henri regrette déjà son geste.
La petite lui dit merci, elle n’a pas le choix, si elle ne le fait pas « Maman la privera de dessert ».
— Je suis encore désolée, dit Pénélope qui aime se confondre en excuses, je n’ai pas pu faire autrement que de l’emmener, tu sais comment sont les gens… Personne ne voulait me la garder ! Les gens de nos jours sont d’un tel égoïsme !
Ils vont au restaurant. « Tiens toi bien ! dit Pénélope à Morgane, on est au restaurant, ne fait pas honte à Maman, surtout devant l’ami de Maman ».
La petite va aux toilettes. Elle a très mal au ventre. « C’est bien que tu l’aies rencontrée, en profite pour dire Pénélope à Paul-Henri, comme ça maintenant je pourrais te faire venir à la maison vu qu’elle te connaît ».
Après cela, Pénélope parle longtemps du père de Morgane à Paul-Henri. La petite ne revient toujours pas. Mais Pénélope semble ne pas s’en rendre compte. Pénélope lorsqu’elle avait dix-huit ans, elle voulait un enfant : « J’étais déjà très mûre pour mon âge tu sais… Surtout par rapport aux autres filles… Alors j’ai voulu un enfant, un bébé rien que pour moi… Pour ne pas à être embêtée par quelqu’un d’autre. Pouvoir l’élever comme je veux ».
Paul-Henri remarque qu’en même temps qu’elle lui parle, Pénélope se regarde dans le miroir qui est derrière lui.
Alors Paul-Henri se lève. Il court vers de nouvelles aventures, et il a bien raison.
première publication 28 juin 2003


